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Dans notre France encore très féodale, chaque village a son église et son château. Et dans le cœur de beaucoup d’étrangers, et même de français, il existe le rêve romantique de posséder un petit château français : il y en a des milliers à vendre….

Loin de moi était cette aspiration ! Parisienne vivant à Londres, photographe « britannique », j’avais le bonheur de partager avec mon mari, le photographe et écrivain Jorge Lewinski, une belle maison avec un grand jardin et une vie professionnelle bien remplie. Mais le destin joue des tours imprévisibles...

En 1997, par pure curiosité, j’ai suivi une journaliste anglaise dans un voyage culturel au pays des Cathares . Entre Toulouse et les châteaux cathares, j’ai découvert par hasard, bien caché au centre du village d’Alan, le palais des évêques de Comminges. On pouvait admirer une vache sculptée sur le tympan de l’entrée et visiter le bel escalier ainsi que deux salles. La bâtisse était glaciale, presque vide, à peine habitée quelques mois par an ; il y avait des plaques de ciment sur les murs et des fils de fer retenaient des volets pourris. Pourtant une âme bénéfique et sereine se dégageait des proportions nobles du lieu et j’ai ressenti un véritable coup de foudre avec la conviction que j’allais vivre là, alors que j’ignorais que la maison était à vendre depuis trois ans et que personne ne voulait s’aventurer à la restaurer…

J’ai donc acquis le palais en avril 1998, contre l’avis de tout le monde, y compris mon mari et ma fille, consternés mais consentants ! Les gens d’alentour prédisaient que je me « casserais la figure » et qu’on rirait bien. Car le bâtiment était en piteux état, bien pire qu’au premier abord. Tout était à faire : l’électricité, le chauffage, l’assainissement, les volets (dont certains de 3m50 de haut) l’étanchéité des terrasses, le vieux toit, la douve avec son eau croupie et ses serpents… Dans le premier mois, il y eut dix sept fuites, des cascades d’eau dévalant les escaliers vers les chambres, le long des fenêtres et par les plafonds et j’ai demandé pardon à mon mari en admettant que j’avais acheté une passoire ! On l’a su et cela m’a valu des coups de fil anonymes méchants.

Grâce à d’excellents artisans locaux dont certains restent de fidèles amis, les travaux ont avancé très vite. Il fallait résoudre bien des problèmes pour rendre une maison de 800 ans habitable à la fin du 20ème siècle et j’ai été impressionnée par l’esprit d’invention, l’ingéniosité de chacun dans son métier. Il faut être très intelligent pour être artisan et je leur rends hommage ici. N’ayant pas demandé de subventions pour les travaux, je dus mettre la main à la pâte, littéralement, en peignant la plupart des murs à la chaux après les avoir piqués et assainis. En haut de deux échafaudages roulants, et parfois avec l’aide d’amis et de ma fille, j’ai nettoyé, peint ou ciré une dizaine de plafonds de quatre à cinq mètres de hauteur. Les sols carrelés et les parquets demandèrent un patient travail de nettoyage à genoux pendant des semaines. Elevée à la Légion d’honneur, au château d’Ecouen et à l’abbaye de Saint Denis, les hauts plafonds et les dalles sonores me sont familiers… Pendant plusieurs mois le palais fut une ruche laborieuse malgré des moments douloureux de doute et de découragement. J’ai peu à peu compris ce qu’avait dû ressentir l’ancien propriétaire, Mr Gaillan, après l’optimisme des débuts en 1969 quand il fut confronté aux problèmes pratiques et financiers de sa restauration courageuse car il avait entrepris de sauver une quasi-ruine. Avec l’aide des Monuments Historiques et grâce ensuite à l’émission « Chefs d’œuvres en péril » qui lui attribua un prix, il fut le premier à redonner vie à ce palais oublié. Nous avons gardé la tradition qu’il avait inaugurée d’ouvrir au public les mois d’été et, dès 1999, la salle voûtée, entièrement rénovée, abritait une exposition. Il y en a une chaque année. En 2002, l’association culturelle « Art et Rencontres au Palais d’Alan » fut inaugurée. Des concerts, des stages et d’autres manifestations ont lieu selon la demande et les occasions : pas de programme précis mais des coups de cœur et des rencontres enrichissantes.

-- Mayotte Magnus-Lewinska

Adresse

Ancien Palais des Evêques
31420 Alan
Haute Garonne, France

Contact

Mayotte Magnus Lewinska
Tél : +33 05 61 98 90 72

mayotte.magnus.lewinska@gmail.com

Le site de Mayotte Magnus, photographe :
www.mayottemagnusphotographer.com

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